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Ces ingénieurs belges qui font l’histoire…

Floriber JURION, Dr Ir AILv & "INEAC"

Sources bibliographiques : EURING André ERGO, MSc.Ing.AIHy ; INFO-AIHy N°93, 12/2001
Reprint et pts compléments de Pierre DOHMEN, MSc.Ing.AIhy ; asbl AIHy© ; Huy ; 03/2014.
-copie autorisée avec mention des sources-

L’ingénieur agronome Floriber JURION, diplômé de l’Ecole d’agronomie de l’UCL en 1924, cumula tous les ‘plus’ en organisant l’INEAC, un des tout premiers centres africains de recherche agronomique qui acquit une réputation mondiale au XXème siècle (de 1933 à 1962) !

Floribert Albert Louis Ghislain JURION naquit le 08/08/1904 à Vellereye‑lez‑Brayeux dans la ferme familiale, à l'ombre de la massive abbaye de Bonne Espérance. Son enfance et sa jeunesse seront imprégnées des valeurs terriennes de ce Hainaut profond et de l'influence qu'exerça sur lui son professeur de poésie, l'abbé Nestor Wallez.

En 1921, il entre à l'Institut agronomique de Louvain et y conquiert en 1924 le diplôme d'ingénieur agricole (avec GD), dont il met l'enseignement en pratique dans la ferme paternelle après son service militaire au régiment de cavalerie de Tervueren où il acquiert une solide formation de gestionnaire.

Ces collègues de l’Académie Royale des Sciences d’Outre-Mer le cataloguait (1989) comme un homme de principe, droit, rigoureux, supérieurement intelligent et à l’écoute attentive des acteurs agricoles du terrain.

Notons que lors de l’un de ses exposés, ici dans l’auditoire d’AB-T Gx de Gembloux il déclara en 1972 à propos d’un colloque sur l’écologie et la spéculation agricole : «Il faut s'adapter, se dégager des situations figées et protégées, sortir de la routine et imaginer des solutions à tester avant application ; c'est donc le temps d'inventer ! »

Et effectivement, les grands défis l'ont toujours motivé !

Son désir de construire du neuf dans des terres nouvelles le pousse à accepter le poste de secrétaire temporaire du professeur LEPLAE durant le voyage d'études que celui-ci effectue dans l'Est-africain.

Le 15/12/1928, il entre en fonction à la ferme pilote de Moka dont il prend la direction le ler avril 1929. Il occupe toujours cette fonction lorsque l'institution qu'il dirige passe, en 1930, à la Régie des Plantations de la colonie belge du CONGO (REPCO).

Il profite de son premier congé en Europe pour s'inscrire aux cours spéciaux d'agronomie tropicale à Louvain et obtient le diplôme d'ingénieur d'agronomie tropicale avec « GD ».

II retourne à Nioka, juste au moment où le REPCO est absorbé par l'INEAC qui vient d'être créé (Institut National pour l’Etude de l’Agriculture au Congo).

Chef du secteur de l'est de l’INEAC, il assumera avec brio la gestion technique des stations INEAC au Congo (RDC) de l'Itun, du Kibali, du Kivu, du Rwanda et du Burundi (1935-1937).

C'est donc tout naturellement à lui que fera appel le Comité de Direction de l'INEAC lorsqu'il s'agira de nommer le premier directeur général de l'Institut en Afrique.

Le directeur Jurion s'installera dans la magnifique station de Yangambi dont il va faire la plus importante station de recherches agricoles de l'Afrique centrale.

Ainsi l’INEAC a joué un rôle déterminant dans l’amélioration des rendements des Palmiers à huile et au niveau de l’offre de du soja et du caoutchouc (produits d’importance stratégique entre les 2 guerres mondiales du XXème siècle).

Pendant 12 années qui incluent 5 années de guerre, il va créer à Yangambi 7 sections de recherches scientifiques, 4 sections de recherches agronomiques et, dans le reste de la colonie, un service de plantations expérimentales, un service de sélection et d'expérimentation cotonnières (environ 150 chercheurs) et enfin un service des bibliothèques et des publications qui éditera près d'une centaine d'ouvrages scientifiques.

art46 ineac 1Laboratoire de phytopathologie de l’INEAC à Yangambi, CONGO belge; ±1960,
carte-postale récoltée par l’auteur.

Le 23 juin 1949, pour couronner une carrière africaine féconde de plus de vingt ans. F. JURION est appelé à Bruxelles pour cumuler les charges de Directeur Général de l'INEAC, de Président du Comité de Direction et de Vice‑Président de la Commission administrative.

Jusqu'à l'indépendance du Congo, le grand organisateur qu'était F.JURION va amener l’INEAC à un stade de développement, de perfection et d'efficacité qui fera l'admiration des organisations internationales.

Au cours de son inspection africaine de 1959, il avait décelé les prémisses des événements de 1960. Aussi proposa‑t‑il de créer le plus rapidement possible un INEAC de droit congolais et un institut belge de coopération agricole tropicale inspirés des structures métropolitaines de l'INEAC.

Mais, iI se heurta au jeu stérile des rivalités personnelles et institutionnelles (reclassement des agents…). Il jeta les bases de deux ouvrages importants qui font encore autorité[1].

Un homme d'un tel format et d'une telle expérience ne pouvait pas laisser indifférentes les instances internationales chargés du développement agricole. Pour le compte des PNUD, FAO, IITA, IRAT, BIRR, FED, MARD, etc, il accomplira jusqu'en 1974 plus de 25 missions d'information scientifique, d'évaluation de projet ou d'études de développement dans tous les continents.

Mais ses extraordinaires talents et sa très haute compétence furent également sollicités dans bien d'autres domaines. En 1958 il entre à l'Académie Royale des Sciences d'Outre‑Mer et en 1974 il y dirige la classe des sciences naturelles et médicales.

En 1965 il est lauréat du prix des amis du Hainaut et devient président de la FEDIA (Fédération des Ingénieurs agronomes de Belgique) qu'il représentera au sein de la FABI.

La FABI est actuellement la fédération des ingénieurs francophones belges issus du sérail facultaire (AIrBr, AIG, AILg, AILv, AIMs, AIM, AIA, AIGx, AIALv ). Ils s’identifient, comme nous et depuis ‘Napoléon Ier’, par l’acronyme de leur association d’Ecole d’ingénieur (AIHy pour nous).

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En Belgique toutes les associations d’ingénieurs (Ir et Ing.) sont enfin très heureusement unies au sein du Comité des Ingénieurs Belges (CIBIC). Ils œuvrent avec le partenariat de plusieurs puissantes fédérations technologiques pour la promotion des études (des sciences exactes et du vivant) et de tous les métiers d’ingénieurs. Plusieurs manifestations et quelques sites Internet spécialisés sont très actifs depuis 2012 : voir nos actualités et liens utiles…

II est nommé membre du Conseil consultatif de la coopération au développement dans lequel il présidera INTERAGRO.

Il est membre de la Société Royale de Botanique, de la Société de Biométrie et membre fondateur puis président de la Société belge de Pédologie (où un de nos anciens professeurs y était aussi très actif, Pr Ir Dr Jean LOZET [décédé en 2014]).
Enfin, pour couronner le tout, le 5 octobre 1978, la Faculté des sciences agronomiques de Louvain, à l'occasion de son centenaire, l'éleva à la distinction de Docteur Honoris causa.

Après l’indépendance du CONGO, l’INEAC est officiellement fermé par le gouvernement belge le 31/12/1962. Selon, l’auteur (EURING A-B. ERGO, anc. expert au SERDAT, l’ingénieur Floriber JULION essaya de sauver les départements de l'INEAC qui étaient situés en métropole.

Heureusement, l'immense bibliothèque scientifique et les banques d’échantillons –toujours une référence mondiale pour les plus grandes universités (Yale, Harvard, UCL pe.)- fut annexée à la Bibliothèque Royale Albert Ier (SERDAT qui engrange plus de 6 millions d’exemplaires scientifiques de tout premier plan).
Pour votre édification personnelle, sachez que cette bibliothèque est l’héritière de celle du roi Philippe Le Bon qui débuta au XVème siècle. Elle est situé en plein centre de Bruxelles sous le ‘Mont des Arts’, en face de notre ancien siège des fédérations d’ingénieurs (UFIIB, SRIB) dans l’historique Hôtel Ravenstein.

La Flore du Congo belge est toujours en élaboration au Jardin Botanique de Meise.

Le Bureau de climatologie a rejoint l'Institut Royal Météorologique tandis que le laboratoire des sols et le Bureau des introductions ont été annexés au MRAC, le Musée Royal de l'Afrique centrale, respectivement dans le département de géologie et dans la section d'économie agricole forestière.

Notons que ce musée exceptionnel est fermé depuis décembre 2013 pour une rénovation complète avec une réouverture prévue en 2017 (ce qui est une compétence fédérale dans la Belgique de 2014).


[1] De l’agriculture itinérante à l'agriculture intensifiée; publication INEAC, hors .série, 1967, 498 pages.    L’organisation de l'agriculture dans les pays en voie de développement ; INEAC, hors-série, 1965, 69 pages (+ collaboration de JM. Henry).