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Des 'simples', dénommées 'gaiac', depuis 1493...

Auteur : Georges-E. FRISQUE; MSc.Ing.AIHy, 2013, Huy.

Une année après le retour d’Haïti des équipages espagnols de Christophe COLOMB , le 7 mai 1493, un grand mal vénérien éclate à Naples, au décours d’une guerre qui oppose les troupes de CHARLES VII, roi de France aux espagnols venus soutenir le roi ALFONSO II. Ces mercenaires, reîtres, soudards, mobiles fornicateurs, vecteurs idéaux contaminent l’Europe entière. L’érudit médecin, astronome, musicien et poète italien de Vérone ( 1483-1553) décrivit en 1530 dans une allégorie versifiée : «  Syphilidis , Sive de Morbo Gallicos Libri Tres » ce mal nouveau, la grande vérole ou Syphilis, pandémie déferlant sur l’Europe et l’Asie.

La nymphe América enseignait aux victimes infortunées de la vengeance du dieu Soleil, les premiers traitements à base de gaïac et de mercure. Une nuit avec Vénus, pour une vie avec Mercure.

Le Docteur Girolamo FRACASTORO, dès 1536, suspecte clairement ces maladies de se communiquer par un contagium vivum, des êtres invisibles, les seminaria contigionis, les animalia minuta déjà évoquées par l’érudit Marcus VARRON (116- 27 av. J.-C) provoquent les fièvres récurrentes d’Egypte et par l’agronome latin Lucius COLUMELLE de Cadix.

On avait incriminé, comme à l’ordinaire, des planètes errantes, mais FRACASTORO dès 1497 reconnaît le rôle des contacts sexuels transmettant des seminaria, des animalia quaedam minuta et contre lesquels la première médication fut la très coûteuse poudre de corne de Licorne.

Il faudra deux siècles, pour que son œuvre bien connue de tous, soit enfin appliquée et réduise à néant les anathèmes de ceux qui trouvaient impie de se rebeller contre un phénomène naturel, l’épidémie.

Si ce mal venait du nouveau continent, seul un remède américain convenait. Ferdinand d’ARAGON et ISABELLE la Catholique, éblouis par les succès des tisanes de racine de gaïac, ordonnèrent que tout navire voguant de retour vers l’Europe en soit chargé.

NDLR.-AIHy : exemple d'arbre de gaiac ci-dessous

art50gaiac

Notons que le bois très dur du Gaiac était encore utilisé pour le tournage de poulies, de canifs ou de roulettes (en bois).
C'est actuellement un arbre protégé par les accords de Washington sur les espèces en voie de disparition.

Le bois fut ainsi connu sous les noms de guaicum sanctum, lignum sanctum, lignum vitae, à cause ce son efficacité réelle ou supposée, et il donna naissance à une abondante littérature, comme publiée en 1517 « De cura morbi gallici per lignum guayacacum » par un médecin de l’empereur CHARLES QUINT, Nicolào POLL. Cette drogue arrivait d’Amérique à Séville, passait au Portugal et exportée de là vers l’Inde orientale.

Outre le gaïac, la tisane des quatre bois sudorifiques contenait de la squine ou racine de Chine, de la salsepareille ou racine du Mexique, et du bois de Sassafras de Floride.

« Quarante jours de jeûne, de purgations à la moelle de casse, à la manne, au tamarin et la décoction de gaïac. »

On se souviendra que FRACASTORO décrivit en 1489, une autre pandémie nommée typhus morbus hungaricus, qui partied’Espagne, anéantit les populations indigènes d’Amérique Centrale. C’est le typhus exanthématique dû au Ricketssia prowazekii et transmis par les poux. Ses minutieuses observations s’appliquent aussi à la lèpre, la peste bubonique, les fièvres éruptives et à la phtisie.

En 1534, le botaniste portugais Garcia da ORTA nommait gaïac, le bois de Chine, une cannelle Cinnamomun, Lauraceae bien connue dès 2500 ans avant J.-C. et mentionnée dans le Materia medica chinois de l’empereur Shen-nung, sous le nom de kwei.

Est-ce Cinnamomum zeylanicum du Sri Lanka, l’épice bien connue aux multiples usages en médecine populaire, ou Cinnamomun aromaticum dont l’essence est allergisante et per os, à doses modérées, provoque des effets indésirables : tachycardie, modifications du rythme respiratoire ?

En 2003, A. KHAN et al tentaient d’étudier l’activité de la cannelle Cinnamom cassia , sur la glycémie et la lipidémie.

Le vrai gaïac

art50guaiacum officinaleGuaiacum officinale et G. sanctum de la famille des Zygophyllaceae, de gaiacam, nom vernaculaire de cet arbre moyen d’Amérique centrale naturel aux fleurs bleues pédonculées en ombelles, au bois de densité élevée à odeur balsamique, à saveur âcre, strangulante ,verdissant à l’air et la vapeur nitreuse et à sa résine brune tirant sur le vert.
Photo de Gaiacum officinalis; Wikipedia® 2014.

Le naturaliste et agronome français Pierre BOITARD (1789- 1859) étudie vers1852les propriétés médicinales de la résine et du bois du Gaïac, bois utilisé pour les mortiers et pilons des apothicaires. Ce laborieux vulgarisateur nous apprend que ce bois jouit d’une très-haute réputation pour la guérison d’affections rhumatismales rebelles, des maladies de la peau et des scrofules, mais que le gaïac râpé est souvent falsifié par un adultérant, du buis râpé et que la teinture de gaïac, solution alcoolique de résine soigne les accès goutteux. Plus tard la distillation à la vapeur d’eau du bois produira l’azulon ou huile bleue, anti-inflammatoire traitant les désordres du tractus gastro-intestinal.

La résine naturelle s’écoule des saignées des vieux arbres.

Elle renferme de 2 à 12 % en poids sec, du lignane, l’acide nordihydrodroguaiarétique (NDGNA) toxique per os pour les animaux de laboratoire en provoquant des lésions rénales et caecales [ndlr. : la teinture de gaiac].

Elle fut utilisée comme antioxydants dans l’industrie des lipides alimentaires puis enfin bannie.

Le NDGA est aussi synthétisée par le « creosote bush », exudat résineux de Larrea divaricata subsp.tridenta et autres Larrea spp , Zygophyllaceae du Sud de l’Amérique du Nord et panacée- piège à radicaux libres.

En 2005, le gaiac franc est toujours utilisé en médecine populaire en Haïti, à la Martinique, en Guadeloupe, à Cuba, Porto Rico, Costa Rica comme sudorifique, antivénérien, dépuratif, antirhumatismal, antigoutteux, etc.
En Haïti, plus de 215 simples indigènes et exotiques sont couramment utilisées.

Rappelons cet ancien test « HEMOCULT », détectant les traces d’hémoglobine dans les selles humaines après une diète sans produits animaux: l’extrait de la résine de Guaicum officinale L se colorant en bleu à son contact.

Ce test rapide est encore utilisé en paléopathologie et archéologie comme en 2004, par exemple à Herculanéeum sur ces victimes de l’éruption, aux crânes fracassés.

La teinture de gaiac est un réactif traditionnel utilisé pour la recherche des oxydases et peroxydase

Enfin , mentionnonsle gaïac de Cayenne ou le coumarina ,synthétisé par les fèves de Tonka .

Ces graines odoriférantes du Dipterix odorata et du D. oppositifolia, Fabaceae cultivées au Venezuela , introduites à Ceylan dès 1881, renferment 1 à 3 % d’une coumarine au parfum vanillé utilisé en pâtisserie et en aromatisation des tabacs.

Les coumarines sont synthétisées en quantités notables dans diverses Poaceae comme la flouve odorante : Anthoxanthum odoratum.

Le terme coumarine couvre un nombre important de molécules en C -7 aux structures et propriétés diverses.

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Contre la syphilis, n’omettons pas ce simple, complémentaire au gaïac, dont le secret réapparut vers 1756 , Lobelia syphilitica, vivace au latex vénéneux d’Amérique du Nord, le mercure végétal   prescrit en 1600 par le botaniste de JACQUES I er, LOBELIUS, 1538-1616, le célèbre médecin flamand Matthias de l’OBEL.

Est-ce Lobelia inflata des Appalaches synthétisant aussi un alcaloïde, la lobéline, une piperidine d’une toxicité potentielle qui pose question et qui a été utilisée dans des médications décourageant le tabagisme ?

Profitant de l’insuccès du gaïac, des médecins-alchimistes, accompagnés de bateleurs et charlatans, s’enhardissent à préconiser des dérivés du vif argent entraînant des complications toxiques redoutables...

C’est en 1905, au début de l’ ère pastorienne, que Fritz.R SCHAUDINN et HOFFMAN découvrent l’agent causal de la syphilis, un spirochète Treponema pallidum , hôte exclusif de l’homme, ce contagiosum vivum né de la réflexion scientifique de ce très grand médecin que fut Girolamo FRACASTORO , il y a 375 ans, le premier qui introduisit la notion de contagion dans la propagation des maladies infectieuses . Sa hardiesse se situe dès l’origine dans la filiation de l’ homme prométhéen de la Renaissance. Hardiesse et esprit critique, contemporains du prologue à la naissance de notre médecine, apparu dans l’œuvre de l’anatomiste André VESALE (Bruxelles 1514 - 1564), nommé à 23 ans professeur de chirurgie à l’université de Padoue, qui publie en 1543 le « De corporis humani fabrica libri septem », début de l’anatomie humaine corrigeant plus de deux cent erreurs enseignées par l’école de GALIEN de Pergame.