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Heureux qui comme Pyrrhon, zétète...
Comment fabriquer des 'miracles' !

 

Auteur emailsfleche 16 GE. FRISQUE; EURING MSc.Ing.AIHy
Iconographie et quelques commentaires de la rédaction AIHy.

On peut parier que vous avez cru lire "zézète" ?... Et non, on en est très loin et vous en saurez plus en découvrant notre article.
Il peut être recopier librement sans droit sauf celui de notifier l'auteur(s) par courtoisie éthique.

La zététique est définie comme « l'art du doute » par Henri Broch. La zététique est présentée comme « l'étude rationnelle des phénomènes présentés comme paranormaux, des pseudosciences et des thérapies étranges ». La zététique est destinée aux théories scientifiquement réfutables, c'est-à-dire respectant le critère de discrimination de Popper (1902-1994). De fait, contrairement aux autres mouvements sceptiques, elle ne pose pas la question des religions et des croyances non réfutables.
Son objectif est la mise à l'épreuve d'énoncés pourvus de sens et de nature scientifique (c'est-à-dire réfutables selon Popper) dont les explications ne semblent pouvoir se rattacher à aucune théorie communément acceptée.
La zététique se réclame aussi du scepticisme scientifique, et plus généralement de la démarche de doute cartésien qu'elle décrit comme nécessaire en science comme en philosophie. Elle se veut, pour reprendre le mot du biologiste français Jean Rostand, une « hygiène préventive du jugement »

Texte explicatif ci-dessus : Wikipedia; 2014.

 

art55pyrrhon250 ans avant l’ère chrétienne, le philosophe grec PYRRHON d'Elis (360- 275 av .J.-C.) enseignait le scepticisme à ses élèves et disciples et contestait avec méthode la véracité des miracles et autres phénomènes paranormaux.

Créateur de la zététique, discipline fondée sur le scepticisme, tentant à élucider in illo tempore, de façon scientifique, le paranormal, le dogmatisme qui lui semblait absurde.

Il y a peu, le président du cercle zététique français, l’historien Paul-Eric BLANRUE rendait hommage à PYRRHON, décédé, il y a 2080 ans en livrant une recette d’un faussaire médiéval à la portée de tous.

Comment fabriquer de toute pièce un magnifique suaire, copie conforme de celui fabriqué vers 1377 à Lirey (F) puis vénéré à Troye (F), et enfin en 2005 à Turin ou d’autres linceuls christiques moins connus comme celui de Cologne ou le linceul de Besançon apprécié à sa juste valeur par François-Marie AROUET de VOLTAIRE (1694-1778) ?

 Cette recette est simple: du plâtre pour un bas-relief, une étoffe de lin humidifiée épousant la forme du visage choisi, appareil que l’on tamponne avec un peu d’oxyde de fer III mélangée à de la gélatine pour charcuterie. Un peu de vermillon des peintres et du rose de garance* imitent la sanguinolence. Laisser sécher. Déployez et l’adoration peut débuter. Un conseil, évitons de baiser la nouvelle relique, car le vrai vermillon des peintres, du cinabre broyé, est du sulfure rouge de mercure, un toxique avéré.      

La garance*, Rubia tinctorum aux racines connues comme tinctoriales depuis les pharaons est une rubiacée médicinale.

Rappelons que le carbone 14 du lin du suaire a permis de le dater entre 1260 et 1390. Les sindonologues, dont la science était aveuglée par la passion, assurent que ce saint-suaire est la preuve physico-chimique du supplice du Christ, le décalque véritable de son corps torturé, malgré l’ordalie apportée en 1988, le jugement dernier sur cette pièce de lin, par le radiocarbone C 14. C’est pour eux la preuve tangible de la résurrection ! Et pourtant, en 1390, le saint père Clément VI rédigeait trois bulles dénonçant la fraude.

D’autres miracles remportent toujours un beau succès.

La liquéfaction du sang des saints ou la synthèse du saint-sang sont aussi à la portée de toutes les bourses.

La recette sacrilège observée vers 1990 par un chercheur de l’université de Pavie est facile est publiée sur le site du Cicap « Faites dissoudre 25 grammes de chlorure ferrique dans 100 millilitres d’eau, ajoutez 10 grammes de carbonate de calcium. Par réaction, la solution devient marron foncé. Versez-la dans une fiole, ajoutez du sel de cuisine, agitez, laissez reposer deux heures. Le gel redevient liquide dès agitation légère. Le processus est reproductible à volonté ».

Il va sans dire que les activités rationalistes de ce Cicap, Comité italien pour le contrôle des phénomènes paranormaux, présidée en 2005 par l’astrophysicienne Margherita HACK émousse les capucinades du haut clergé napolitain agacé.

Déjà en 1873, Pierre LAROUSSE, honorable mécréant et zététicien qui s’ignorait, dévoilait   une autre   recette du haut clergé napolitain, utilisée chaque premier dimanche de mai, chaque 19 septembre et chaque 16 décembre depuis 1497, lors de la grand-messe en honneur du saint patron de Naples, Saint Janvier, décapité à Pozzuoli, en 305 sous Dioclétien
« Le sang coagulé des deux ampoules, relique de San-Gennaro, San-Gennariello pour les dévots, se liquéfient dans les mains du pontife »

Au XIX e siècle, la préparation était encore de l’éther sulfurique rougie avec de l’orcanette et saturée avec du spermaceti.
Ce truc est solide à température ambiante mais est gluant et visqueux vers 40°C.

L’orcanette des teinturiers, Alkanna tinctoria, est une jolie boraginacée aux petites fleurs bleu roy des régions arides et rudéralisées de la Méditerranée dont les racines riches en alkannine, une anthroquinone, étaient utilisée pour colorer les tissus, les cosmétiques, les boissons alcoolisées.
L’orcanette entre dans la composition du rouge végétal à l’usage des dames.
Ce fard inoffensif mis au point par deux parfumeurs français, Joseph COLLIN et Chafanal DUPON dès 1770 fut soumis à l’expertise toxicologique de Laurent-Antoine de LAVOISIER en 1775...
Nous devons l’éther sulfurique à l’alchimiste espagnol Raymond LULLE ( 1235-1313) qui décrit en 1275 son obtention, et le nomme oleum vitrioli dulce verum .

Divers cétacés nous fournissent le spermaceti. Bref , la biodiversité n’est pas un vain mot

Pierre Larousse relate « Pour que les choses aillent bien à Naples, au gré du peuple, la liquéfaction doit être bisannuelle. Lorsque le général français Jean Antoine Etienne CHAMPIONNET (1762-1800) vainqueur de Capoue, le 21 nivôse an VII, le 10 janvier 1790 , occupe Naples, il y organise la République parthénopéenne, peu appréciée du haut clergé. Le ciel va donc s’exprimer par la sainte liquéfaction, qui évidemment   tarde longuement. Le peuple des fidèles gronde. « San Gennaro, fa dunque presto ». Un aide de camp français accorde alors un bref répit au pontife, le menaçant d’un bombardement et l’hémostase de San Gennaro s’inversa, son éminence ayant rapproché la fiole d’un cierge allumé...

PYRRHON résidait à Elis dans le Péloponnèse en était le citoyen d’honneur et le grand prêtre.
L’enseignement de DEMOCRITE (460-380 av. J.-C.) l’ éveilla à la philosophie. Il fut un élève de BRYSON et d’ANAXARQUE, philosophe d’Abdère qui professait aussi la théorie atomistique.
PYRRHON et ANAXARQUE suivirent en tant que médecins , l’armée d’ALEXANDRE durant l’expédition d’Asie et étudièrent aux sources même, la cosmogonie et les sciences des mages de la Perse et des gymnosophistes de l’Inde.
AENESIDEME de Knossos, en Crète, illustre sceptique du 1 er siècle av. J.-C. exposa très puissamment la doctrine pyrrhonienne dans de volumineux ouvrages « Raisons des pyrrhoniens » et « Sur la zététique ».

Il ne reste de ses « Discours pyrrhoniens  »  que des fragments conservés par PHOTIUS.
Michel Eyquem de MONTAIGNE (1533-1592), Blaise PASCAL (1623-1662) et d’autres admiraient l’oeuvre de PYRRHON.
Le dédain de la théologie pour les sciences n’est pas seulement contemporain de l’établissement du christianisme. Il traverse les siècles.
L’ensemble des Pères et des docteurs de l’église,tel Bossuet méprisaient profondément les Sciences et nommaient orgueil, les prétentions de la raison, de la vérité.

François-Marie Charles de Rémusat 1797-1875 a traité remarquablement de cette vision de la Science, ce sujet ne me semble pas obsolète de nos jours.

Ouvrages consultés.

Hervé MORIN. La recette du suaire de Turin livrée par les « zététiciens »

Aujourd’hui. Sciences. Le Monde du 24-06-05

Paul BLANRUE et al. Revue Science et vie. N° 1054.Juillet 2005. pp.111- 125

Pierre LAROUSSE. Grand Dictionnaire encyclopédique du XIX e siècle. Paris 1873

Andréas BÄRTELS. Guide des plantes du Bassin méditerranéen. Ed.E.Ulmer. Paris 1998

Jean BRUNETON. Pharmacognosie. Ed. Tec &Doc. Paris 1999

Pierre LIEUTAGHI. Jardin des savoirs, jardin d’histoire. Les Alpes de Lumière n°110-111.Aix-en-      Provence 1992

Justus de LIEBIG. Dictionnaire de Chimie. Brunswick, 1837-1851, 5 volumes.

Pierre LASZLO. Qu’est -ce que l’alchimie? Hachette . Coll. Questions de sciences.Paris, 1996.

Hachette Littératures.2OO3 L’alchimie. Dictionnaire d’histoire et philosophie des sciences. PUF.Paris1999.

Raymond LULLE. Communication personnelle. 14-10-05

Serge HUTIN. L’alchimie. 11e édition. Que sais-je ? PUF.